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lou

Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder ils s'habitueront...
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Ajouter la couleur d'une exigence

Et si on en parlé de tout ça...
January 11

p'tite story à méditer

Cela se passe la nuit, dans une ville quelconque.
Les rues sont désertes.
Sur un pont, dans le rond de lumière projeté par un réverbère, un homme est penché.
Il semble fouiller le sol.
Arrive un passant. Il lui demande s’il a besoin d’aide.

« J’ai perdu mes clefs », répond l’homme.

« Où sont-elles tombées ? »

« Là-bas ! » D’un geste de la main, il indique le trottoir en face. Le passant ne comprend plus.

 « Pourquoi les cherchez-vous ici si elles sont tombées là-bas ? »

« C’est pour l’éclairage, il n’y en a pas de l’autre côté ».

 

December 19

Don't Let Me Be Misunderstood


People, do you understand me now,
If sometimes I feel a little mad
Don't you know no one alive can
Always be an angel
When things go wrong I seem a little sad
But I'm just a soul whose intentions are good
Oh Lord, please don't let me be misunderstood

You know sometimes, I'm so carefree
With a joy that's hard to hide
Sometimes seems that all I have is worry
And then you're bound to see my other side
But I'm just a soul whose intentions are good
Oh Lord, please don't let me be misunderstood

If I seem edgy, I want you to know
That I never mean to take it out on you
Life has its problems and I get more
Than my share
But that's one thing I never mean to do
I don't mean it

People, don't you know I'm only human
Don't you know I have faults like any one
But sometimes I find myself alone regretting
Some little thing; some foolish thing
That I have done,
But I'm just a soul whose intentions are good
Oh Lord, please don't let me be misunderstood
Don't let me be misunderstood
I'm just someone whose intentions are good
Don't let me be misunderstood,
Don't let me be misunderstood
 
 
Artist: Yusuf Islam alias Cat Stevens
Album: An Other Cup
Year: 2006
Title:Don't Let Me Be Misunderstood

December 07

Les fleurs du Mal

L’INVITATION AU VOYAGE

Les Fleurs du mal

 Mon enfant, ma sœur,
 Songe à la douceur
 D’aller là-bas vivre ensemble ; 
 Aimer à loisir,
 Aimer et mourir
 Au pays qui te ressemble !
 Les soleils mouillés
 De ces ciels brouillés
 Pour mon esprit ont les charmes
 Si mystérieux
 De tes traîtres yeux,
 Brillant à travers leurs larmes. 
 
 Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
 Luxe, calme et volupté.
  
 Des meubles luisants,
 Polis par les ans,
 Décoreraient notre chambre ;
 Les plus rares fleurs
 Mêlant leurs odeurs
 Aux vagues senteurs de l’ambre,
 Les riches plafonds,
 Les miroirs profonds,
 La splendeur orientale,
 Tout y parlerait
 A l’âme en secret
 Sa douce langue natale.
  
 Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
 Luxe, calme et volupté. 
 
 Vois sur ces canaux
 Dormir ces vaisseaux
 Dont l’humeur est vagabonde ;
 C’est pour assouvir
 Ton moindre désir
 Qu’ils viennent du bout du monde. 
 Les soleils couchants
 Revêtent les champs,
 Les canaux, la ville entière,
 D’hyacinthe et d’or ; 
 
 Le monde s’endort
 Dans une chaude lumière. 
 
 Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
 Luxe, calme et volupté. 
 

December 06

Anniversaire morbide...

Cet événement aura lieu à Paris, le 6 décembre 2006 à 16h pour le dépôt d’un bouquet de rose à la mémoire de Malik Oussekine, 20 rue Monsieur-le-Prince 75006 Paris.

Il y a vingt ans, dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, des fonctionnaires de l’Etat Français tuaient à coups de gourdin le jeune Malik Oussekine. Malik, avait eu pour seul tort de se trouver aux alentours d’une manifestation d’étudiants contre la réforme Devaquet. Le même soir à Aubervilliers, un policier qui n’était pas en service assassine Abdel Benhiayia…

 

Cf. affiche « Silence, on tue… »

 

 

December 05

Le « Petit Facho de Gauche »

Le « Petit Facho de Gauche », Bréviaire du racisme respectable

 

Introduction

Paru en deux parties dans le mensuel L’Indigène de la république n° 1 et n°2, ce lexique propose, selon les mots de son auteure, quelques rudiments permettant de « véhiculer sournoisement, dans un long discours sur le vivre-ensemble et la tolérance, des représentations racistes, tout en ramassant le stylo tombé par terre que l’on vient d’utiliser pour signer, les larmes aux yeux, une pétition en faveur du petit Mamadou, 5 ans, menacé d’expulsion si on ne fait rien ».

Article

Ce petit lexique peut servir de guide lors des dîners, des réunions de famille ou des discussions entre collègues autour de la machine à café, pour repérer les fachos de gauche, souvent assez difficiles à démasquer. Selon des calculs scientifiques très rigoureux, on peut estimer qu’une personne qui utiliserait au moins 4 mots ou expressions du lexique, avec le sens décliné dans le guide, lors d’une conversation de 43 minutes au moins, sur des sujets « propices au repérage » tels que « émeutes dans les banlieues » ou « voile à l’école », peut être considérée, avec un risque d’erreur minimal, comme « facho de gauche ».

Aïd : Jour de fête qui consiste pour les hommes maghrébins à égorger dans leurs baignoires de très jeunes moutons sans défense. Jour de fête qui consiste pour les femmes maghrébines à offrir des pâtisseries orientales (bien de là-bas) à leurs voisins français, dans un souci de partage et d’échange culturel, les français offrant gracieusement en retour des « mercis » (bien d’ici).

A la grande époque arabo-andalouse... : Période historique que personne ne sait situer chronologiquement, et que personne ne connait au delà de son nom. Sert surtout de référence magnifiée et poétique lorsque l’on veut montrer que les musulmans arabes n’ont pas toujours été les barbares que l’on connait aujourd’hui, mais qu’il y a très, très, très, longtemps, ils étaient civilisés. Mythe qui représente une lueur d’espoir et d’optimisme pour ceux qui ne désespèrent pas, malgré tout.

Appeler un chat un chat : Expression à utiliser dès le commencement d’un discours, en n’oubliant pas d’adopter une posture virile, lorsque l’on s’apprête à se laisser aller aux amalgames et aux préjugés racistes, pour prouver qu’on est courageux et sans compromis. Expression à utiliser particulièrement quand on sait ne courir aucun risque, dans un contexte moral et politique propice.

Arrogant : Adjectif qui qualifie le jeune maghrébin (surtout s’il est beau et intelligent), lorsqu’il prend la parole sans attendre qu’on le lui permette, comme s’il était normal que lui aussi participe au débat à égalité avec les autres.

Avoir des origines ethniques : Spécificité des français d’origine africaine ou maghrébine, par opposition aux français de souche, qui, par définition, n’ont pas d’origines ethniques, puisqu’ils sont chez eux.

Beurette : Jeune femme d’origine maghrébine mais qui, avec beaucoup de volonté et de courage (car il en faut), fait des efforts pour que cela ne se voit pas trop.

Charte de la diversité : Charte que les chefs d’entreprise prennent extrêmement au sérieux puisque la promotion de la diversité culturelle dans leur entreprise a toujours été leur objectif prioritaire. Sur la base de cette charte, il s’agit de montrer la très grande diversité culturelle dans les entreprises, diversité qui fait la chance et la richesse de la France. La charte invite à montrer qu’il n’y a pas que des cadres supérieurs, des ingénieurs ou des patrons français dans les entreprises ; il faut aussi valoriser les téléconseillères maghrébines en CDD, les techniciennes de surface maliennes en intérim, les animateurs-quartier algériens en emploi jeune... Il faut insister sur leurs très grandes compétences et leurs très grandes réussites dans leurs fonctions respectives, qu’on pourrait presque croire inventées pour eux.

Discriminations raciales : Fléau de la société qui empêche les maghrébins et les africains d’entrer en boîte de nuit.

Français de souche : Expression qui désigne le vrai français, par opposition au français (maghrébin ou africain, en vérité), qui ne ressemble pas physiquement au français normal.

Halte à la repentance : Principe de précaution qui consiste, les larmes aux yeux, l’air solennel, et agitant frénétiquement un drapeau français, à alerter sur les dangers, pour la République, d’un excès de repentance de la France face à son histoire coloniale, alors même que la repentance n’a jamais commencé et qu’elle est loin d’être prévue au programme.

Immigré : Identité de ceux qui ont migré d’un pays à un autre. Identité extraordinaire lorsqu’elle concerne les maghrébins ou les africains car ils ont la faculté de transmettre à leurs enfants le flux migratoire par le sang, même quand leurs descendants n’ont, depuis plusieurs générations, jamais quitté leur quartier de Seine Saint Denis.

Lutte contre les discriminations raciales : Combat acharné pour faire qu’enfin les maghrébins et les africains puissent entrer en boîte de nuit.

Maghrébins et Africains : Les maghrébins (pas complètement noirs) viennent du Maghreb, qui se trouve au dessus de l’Afrique ; alors que les africains (complètement noirs) viennent d’Afrique, qui se trouve en dessous du Maghreb.

Musulman modéré : Désigne le bon musulman éclairé et bien intégré dans la société française.

- Il se fait souvent appeler Mouss ou Momo car il sait que c’est beaucoup plus doux à l’oreille que Mustapha ou Mohamed.

- Il rappelle souvent à ses amis français que la littérature égyptienne du 14ème siècle, à travers de grands écrivains musulmans, était très érotique.

- Il a pris de la hauteur par rapport aux pratiques obscurantistes de l’immigré musulman de base, c’est à dire qu’il sait apprécier le bon vin, ne fait pas toute une histoire lorsqu’il mange des côtelettes de porc au restaurant, ne serait-ce que par respect pour ses amis français avec lesquels il dîne tranquillement.

- Il sait que les prières quotidiennes et le jeûne du ramadan sont des pratiques archaïques et dépassées.

- Il a pleuré sur la mort des victimes du 11 septembre 2001, en prenant la peine de se justifier et de répéter, pour rassurer ses amis français, qu’il ne cautionnait pas ces attentats islamistes.

- Il est capable de parler de « complexité du problème » lorsque l’on parle du conflit israélo-palestinien, en souhaitant des compromis de part et d’autre, en insistant même parfois sur le droit à la sécurité d’Israël.

- Il a compris qu’il devait, pour être un bon musulman, placer les lois de la république française bien au dessus de sa religion et de sa foi.

Nous (par opposition à « Vous ») : Pronom personnel à utiliser lorsque l’on s’adresse à un français qui a des origines ethniques, pour subtilement marquer la différence avec les français de souche, notamment lorsqu’on évoque la liberté d’expression, l’amour au sein de la famille, le goût pour l’art contemporain... pour éviter qu’il se sente concerné inutilement par des concepts qui lui sont étrangers.

Personne de couleur : Personne de couleur noire (ou assimilée au noir) ; les français n’ont, par définition, pas de couleur, puisqu’ils sont blancs.

Quartier folklorique  : Quartier où des gens de toutes les couleurs, toujours gais et souriants, marchent dehors toute la journée pour décorer les rues.

Se battre contre le racisme (par opposition à « Victimisation ») : Désigne l’activité philantropique des personnes généreuses et humanistes qui défendent courageusement les africains et les maghrébins, victimes sans défense du racisme, et donc incapables de se défendre eux-mêmes

Séjour en Algérie, Séjour au Mali : Réferences touristiques à proposer lorsque des maghrébins (citer l’Algérie), ou des Africains (citer le Mali) se plaignent de leur place et de leurs conditions de vie dans la société française, notamment lorsqu’ils comparent leur situation avec celle des français de souche, alors qu’ils devraient normalement la comparer avec celles de leurs semblables (respectivement algériens ou maliens), qui n’ont pas eu la chance, eux, d’être accueillis par la Francepaysdesdroitsdel’homme.

Sens de l’hospitalité : Sixième sens inné chez les maghrébins, tirant certainement son origine de la glorieuse période historique allant du 19ème siècle à la première moitié du 20ème siècle, période pendant laquelle on savait recevoir les français au Maghreb, et toujours les bras ouverts, et toujours avec le sourire.

Victimisation (par opposition à « Se battre contre le racisme ») : Processus qui concerne les maghrébins et les africains, souvent les plus ingrats et les plus prétentieux, qui ne veulent plus être les victimes passives des discriminations, mais veulent se battre et revendiquer eux-mêmes leurs droits, souvent de façon arrogante.

Vous (par opposition à « Nous ») : Pronom personnel à utiliser lorsque l’on s’adresse à un français qui a des origines ethniques, pour subtilement le renvoyer à ses semblables maghrébins ou africains, notamment lorsqu’on évoque avec lui les attentats terroristes, les allocations familiales, les violences dans les banlieues, les projets socio-culturels...

 

Par Fatouche Ouassak

November 21

Les Autres...

Moi, moi quand j'étais petit, j'avais mal
c'était l'état de mon esprit, je suis né malade
sur l'échelle de Richter de la misère, malade ça vaut bien 6
quelques degrés en dessous de là où c'est gradué "fou"

Les autres, les autres, c'est pas moi c'est les autres....


J'étais voleur et avant d'aller voler, je priais
je demandais à Dieu de ne pas me faire attraper
je lui demandais que la pêche soit bonne
qu'à la fin de la journée, le liquide déborde de mes poches
bien souvent, j'ai failli me noyer, j'ai été à sec aussi, souvent....
quand je croisais papa, le matin, aller travailler avec sa 102 bleue
en rentrant, le matin, de soirée, j'me disais "c'est un bonhomme mon vieux"
ensuite, j'me faufilais dans mes couvertures et j'dormais toute la journée
le style "Vampire" dormir la journée et rôder une fois le soleil couché
le genre de prédateur à l'envers, le genre qui à la vue d'un poulet meurt de peur
je ne me suis jamais fait prendre, et si j'avais été pris, aux keufs, j'aurais dit....

Les autres, les autres, c'est pas moi c'est les autres....


J'étais beau-parleur et je souriais aux filles en jean's avec de grosses ceintures
celles qui aiment bien l'odeur que dégagent les gars
qui ont la réputation d'être des ordures
le genre à jurer sur la vie de sa mère dès qu'il ouvre la bouche
rêve de BMW pour asseoir à la place du mort celle qui couche
dans mon monde, un mec comme moi, c'est le top
j'aurais été une fille, on m'aurait traité de sal....
quand je croisais ma soeur avec ses copines dans le quartier
moi, qui allait en soirée, j'lui disais "rentre à la baraque !, va faire à bouffer !"
ensuite, j'allais rejoindre mes copines, celles qui me faisaient bien délirer
celles qui, comme moi, avaient un père, une mère
peut-être bien des frères et soeurs qui sait.....
mais moi, du genre beau parleur à l'endroit, sans foi ni loi
mais c'était pas moi le chien, mais....

Les autres, les autres, c'est pas moi c'est les autres....


Et puis du jour au lendemain, j'ai viré prêcheur
promettant des flammes aux pêcheurs et des femmes aux bons adorateurs
comme si Dieu avait besoin de ça pour mériter qu'on l'aime
mais moi, moi pour que les autres m'aiment, moi
moi, j'en ai dit des choses pas belles et j'en ai acceptées aussi
on m'a dit "t'es noir, tu veux te marier avec elle, mais t'es noir...."
les autres y disaient comme ça, qu'elle était trop bien pour moi
donc moi, moi j'faisais de la peine à voir
moi, j'continuais ma parodie, mon escroquerie spirituelle
sauf que, j'me carottais moi-même, j'étais devenu un mensonge sur pattes
qui saoule grave et qui sait même pas ce qu'il dit
qui voit même pas que c'est un malade et qui dit comme ça
tout le dit y dit comme ça....

Et je vous dis monsieur, je vous dis monsieur,
quand je pense à tout ça, je pleure  

Les autres, les autres, c'est pas moi c'est les autres....

 

Abd EL Malik « Gibraltar  - Les Autres »

November 20

l'escalator

En haut de l'escalator
De la station Molitor,
Mesdames et Messieurs les cadors
Je ne vous fait aucun tort,
Je dors.
Et quand certains parfois ont peur
Des ombres de mon corps
Qui plie et qui se tord
Je leur dis:" Hé mes seigneurs,
Je ne suis pas encore mort
Chut, je dors..."


1er Prix Télérama, Philippe Gérin "en haut de l'escalator"

à méditer...
November 10

50% femme-50% homme...

Domination, émancipation et identités de genre dans Pat and Mike de George Cukor

Introduction

Comme beaucoup de films de George Cukor, Pat and Mike (1952) est centré sur un personnage de femme, et raconte l’histoire de son affirmation et de son émancipation, individuelle, affective et sociale. Comme dans d’autres films de Cukor également, à la remise en cause, souvent drôle, de la domination masculine, s’ajoute une contestation non moins joyeuse de l’ordre des genres [1] : en témoigne le couple très étrange (queer) qui se forme au cours du film entre cette universitaire bourgeoise et athlète, Pat, et le demi-escroc qui va devenir son coach, Mike.

Sortir de l’aliénation du couple : se prendre en charge soi-même

Le personnage de Pat est d’emblée montré - et l’actrice Katharine Hepburn s’y prête à merveille - comme une femme dynamique, énergique, dotée de nombreuses qualités, et d’un caractère bien trempé. Fiancée, elle n’est pourtant pas une jeune fille (elle est veuve). Universitaire, elle pratique de nombreux sports (golf, tennis, mais aussi, nous dit-elle, tir, hockey sur glace, basket, un peu de base-ball et même boxe - en catégorie poids plume toutefois...), à un niveau excellent et sans grands efforts apparents. Dès la première séquence, on la voit, exaspérée par les conseils condescendants d’une joueuse de golf, la renvoyer dans les cordes par quelques répliques bien senties.

Malgré ces atouts, Pat porte en elle une faiblesse fondamentale. Cette faiblesse se révèle au moment où elle joue, et quand son fiancé, Collier, la regarde : le regard de ce dernier, a priori tendre mais plein de paternalisme, en apparence encourageant, en réalité autoritaire, la pétrifie au sens propre du terme, comme si elle voyait quelque chose de terrifiant en face d’elle, de sorte qu’elle perd tous ses moyens, au sens propre du terme encore. Elle porte sa main à sa bouche, comme pour se ronger les ongles... et rate tous ses coups. Alors qu’elle est une sportive accomplie, elle multiplie les fautes élémentaires, et à trois occasions (lors d’une partie privée de golf, lors d’une compétition de golf et lors d’un tournoi de tennis), elle passe à côté de la victoire. Lors du tournoi de tennis, avant de s’évanouir, elle a des visions où elle est toute petite devant un énorme filet, avec une toute petite raquette devant l’énorme raquette de son adversaire. Ce sont l’absence d’identité individuelle et l’insécurité fondamentale que génère son couple qui sont ainsi figurées.

Le film commence quand Pat passe d’une rumination sur ses échecs sportifs à une remise en cause plus générale de sa vie et de son fonctionnement. Remise en cause qui se traduit par la décision soudaine, alors qu’elle est installée dans le train avec son fiancé, de ne pas partir avec lui. La scène les montre assis l’un à côté de l’autre, son fiancé l’incitant à voir le bon côté des choses (puisqu’elle ne travaille plus, ils peuvent avancer la date de leur mariage !), estimant qu’elle a travaillé bien trop longtemps, et ironisant sur et infantilisant sa combativité (que, elle, soupçonne déjà d’être un combat sur elle-même) :

  I think you’ve worked long enough, done enough, don’t you ? What are you trying to prove ? Who are you trying to lick ? (Je pense que tu as travaillé trop longtemps, tu en as trop fait, non ? Qu’est-ce que tu essaies de prouver ? Qui est-ce que tu essaies de battre ?)
 Myself !
en serrant les poings - ( Moi-même !)
 You’re just the kid who can do it ! (On dirait un enfant qui dit « je suis cap’ » !)

Alors qu’il lui promet de désormais s’occuper de tout, une chose lui apparaît très clairement : c’est elle qui doit s’occuper d’elle-même !

 Why don’t you just let me take charge ? (Pourquoi ne me laisses-tu pas m’occuper de tout ?)
 I have to take charge of myself !
(Je dois m’occuper de moi-même.)
 But what’s the good of this ? (Mais à quoi ça sert ?)

C’est à la suite de ces répliques qu’elle balance ses valises par la fenêtre, et saute du train en marche. La blessure profonde qu’elle ressent et qu’elle pensait liée à sa défaite lors du tournoi, s’explique alors : elle résulte du sentiment de n’être, aux yeux de son fiancé, qu’une « little woman » (une petite femme), et par conséquent d’être « nobody  » (personne). Elle décide d’accepter la proposition que lui fait Mike, un coach un peu escroc de gérer sa carrière sportive.

Le reste du film est organisé autour de son évolution sentimentale (elle va quitter son fiancé et tomber amoureuse de Mike) et de sa carrière sportive (elle remporte finalement la compétition de golf). Les combats sportifs s’avèrent alors être une sorte de métaphore du combat qu’elle mène contre (et finalement pour) elle-même, c’est-à-dire contre l’aliénation qui la maintient en même temps dans l’échec professionnel et dans la soumission par rapport à un homme.

Changer soi-même en changeant les autres

L’émancipation de Pat passe par plusieurs étapes. Il y a d’abord ce moment important où elle aide quelqu’un d’autre à s’émanciper, en l’occurrence cet autre sportif dont s’occupe Mike, un boxeur en apparence un peu débile, Hucko. Alors que ce dernier se plaint de l’absence de Mike aux matchs, elle lui explique qu’il n’a pas besoin de lui, et que les trois questions que Mike lui fait répéter mécaniquement, comme à un automate soumis à son maître, il est trop vieux pour continuer à y répondre [2]. Même si Mike le laissait tomber, lui explique-t-elle, il ne tomberait pas dans le ruisseau, car « you have to belong to yourself  » (il faut que tu sois ton propre maître). Et les conseils qu’elle lui donne ensuite pour s’émanciper de la tutelle de Mike sont comme des conseils qu’elle se donne à elle-même pour surmonter la profonde faiblesse et le sentiment de néant qu’elle ressent quand elle est observée par Collier.

 When you’re on that ring, you ought not to worry about anyone. Mike or anyone. (Quand tu es sur le ring, il ne faut pas que tu te soucies de qui que ce soit. Ni de Mike, ni de personne.)
 What about that guy I’m fighting ? (Et le type qui est en face de moi ?)
  No even him You see, it’s never you against the whole world.(...) Just you against yourself. (Même pas lui. Tu vois, tu ne te bats jamais contre le monde entier.
Seulement toi contre toi.)
 Well, I could lick myself allright ! (Ben, oui, je pourrais sans problème me battre !)
 That’s all you have to do. Lick yourself. Make yourself and own yourself. Never mind Mike or anyone. (C’est exactement ce que tu dois faire. Te battre contre toi. Te faire toi même et t’appartenir à toi même. Peu importe Mike ou qui que ce soit d’autre.)

On comprend alors le sens de l’engagement acharné de Pat dans la compétition sportive : non pas vaincre l’adversaire... mais elle-même, et son insécurité face au monde qu’entretient sa relation avec Collier. L’autre élément décisif du parcours de Pat, c’est sa rencontre avec Mike, et la relation qui s’instaure entre eux deux. Ce n’est évidemment pas seulement qu’elle quitte un homme pour un autre, qui lui conviendrait mieux ou qui serait moins possessif. D’abord Mike ne s’avère pas du tout moins possessif, du moins au début. Ne se comporte-t-il pas avec Pat comme avec sa jument ? Ne pose-t-il pas clairement comme son « propriétaire » ? Pourtant, s’il contrôle ses moindres faits et gestes, s’il lui interdit de fumer ou de boire de l’alcool, il exerce une domination différente. Elle s’exprime de manière plus brutale, moins policée que dans le milieu bourgeois auquel appartient Collier, mais elle s’accompagne d’un vrai intérêt pour Pat (pour ses performances sportives et pour son corps la première fois qu’il la voit ; pour l’argent qu’elle est susceptible de rapporter ensuite et progressivement pour l’ensemble de sa personnalité, y compris sa droiture).

Mais de même que ses conseils vont faire changer le boxeur Hucko et lui permettre de remporter son combat, Pat ne remporte le sien qu’après être parvenue à changer Mike, et notamment à le contraindre à redéfinir leur relation et leurs identités.

Se prendre en charge en franchissant les barrières

Mike change d’abord sous l’effet des sentiments qu’il ressent progressivement pour Pat, et qui vont petit à petit l’humaniser. Pour la convaincre de laisser tomber avec Collier, il lui explique à quel point leur relation est déséquilibrée, jusqu’à lui exposer une vision relativement égalitariste du couple (sur le mode de la relation entre un sportif et son manager, telle qu’il la définit au moment où ils signent leur contrat : 50-50) : « This man-woman thing, it has to be a fifty-fifty thing. 5-0-5-0. He’s 75. You’ll never be 5-0-5-0 with him. Why do you get yourself hooked with a guy who’s got his horns on you ? » (Entre les hommes et les femmes, ça doit être du 50-50. Lui, il a 75. Tu ne seras jamais à 50-50 avec lui. Pourquoi est-ce que tu t’accroches à un homme qui a ses cornes plantées sur toi ?)

Par ailleurs, pour elle, il refuse de se prêter aux magouilles auxquelles il participe habituellement avant les matchs (en demandant à ses sportifs de perdre pour se faire de l’argent sur les paris) : en congédiant ses associés habituels (et en s’exposant à leur vengeance), il abandonne les valeurs de son milieu pour celles de Pat, la participation courageuse et honnête dans la compétition.

S’il arrête d’être un petit coach sans grande moralité, tyrannique et viril, c’est surtout qu’il va reconnaître et accepter ce qu’est Pat : une personne à part entière, avec son identité qui brouille ses repères habituels, et notamment la hiérarchie des genres. En effet, Pat n’est pas seulement, dans ce film, une femme qui, faisant passer ses propres interrogations et sa propre carrière avant son couple, refuse la domination masculine ; c’est aussi une femme qui rejette une vision essentialiste des relations de sexe, qui assignerait à la femme et à l’homme certaines qualités, certains comportements, bref un certain destin, et qui conteste les catégories mêmes d’homme et de femme. Son prénom, ou plutôt son diminutif (utilisé pour Patricia comme pour Patrice) est révélateur. La première scène du film l’est aussi : sa résistance à l’ordre des genres apparaît déjà très clairement quand son fiancé, qui vient la chercher pour un tournoi de golf, lui reproche d’être en pantalon et non pas en jupe (c’est-à-dire de ne pas être assez « féminine »). On voit déjà que, si elle obtempère, c’est de manière très « masculine » : en courant chercher une jupe, en grimpant à quatre pattes sur le capot de la voiture, et en l’enfilant en vitesse, sans coquetterie aucune.

La bagarre entre Mike et ses associés venus lui mettre une raclée, à laquelle Pat vient se mêler, constitue la scène décisive : en entrant tête baissée dans la bagarre (contrairement aux consignes répétées de Mike de se tenir à part), en mettant KO les deux gangsters, et de ce fait en sauvant son coach, complètement passif dans l’histoire, elle apparaît bel et bien... comme un homme ! Le renversement des identités de genre auquel elle procède est d’ailleurs bien perçu comme tel par Mike, qui y voit dans un premier temps une remise en cause radicale de sa réputation d’homme fort, protecteur et viril. Furieux, il exprime dans cette tirade son identité de mâle, et donc de défenseur de l’ordre traditionnel des genres : « I like everythinkg to be 5-0-5-0, I like he to be a he and she to be a she » (Je suis pour le 50-50. Mais j’aime que lui, ce soit lui, et elle, ce soit elle).

Alors que, on l’a bien compris, du côté de Pat, le 50-50 ne veut pas dire seulement égalité entre homme et femme, reconnaissance des compétences et aspirations de chacun (ou encore partage des bénéfices), mais aussi éventuellement 50% de femme et 50% d’homme... dans chacun ! Le plus fort, ce n’est pas seulement qu’elle va faire accepter cela à Mike, mais qu’elle va révéler en quoi, lui aussi, il peut être, sinon 50% homme-50% femme, du moins autre chose que 100% homme. D’abord Mike traite Pat, loin de la déférence romantique mais paternaliste de Collier, avec brutalité, mais finalement comme un mec. Par ailleurs, on le voit dans une des dernières scènes venir secrètement fermer sa fenêtre et la border, et on apprend qu’il le fait chaque soir à son insu. Comme si leur relation, construite comme une amitié virile, reposait dans le même temps sur un rapport filial dans lequel Mike apparaît (plus que comme un mari ou un père) comme une vraie mère.

Le couple Mike/Pat se forme alors que les identités des genres se troublent ; il se forme aussi sur la base d’un éclatement des frontières sociales. Car au moment où ils se disent leur amour, alors que leurs identités se redéfinissent, Mike soulève très explicitement la question de la distance sociale qui les sépare, elle venant de la haute et lui à peine dégrossi : argument qu’elle balaie. D’ailleurs, le réalisateur souligne la relativité des normes sociales : car si Mike est un peu escroc, Collier, le premier fiancé, pratique aussi l’arrangement, sous une forme plus respectable en apparence, mais finalement pas plus honorable car il contraint sa fiancée à jouer au golf avec des notables pour faire avancer ses petites affaires professionnelles.

Un couple très étrange

Finalement, le couple Pat/Mike s’avère bien singulier. Il repose sur un masculin et un féminin complètement redéfinis puisque chacun en vient à endosser des rôles affectifs et sociaux inversés par rapport à leur sexe : la femme devient l’athlète qui se bagarre, et l’homme un coach aux petits soins, un peu dépassé. En outre, loin de se réduire à des sentiments, et loin de se déployer dans le privé (comme le couple Collier/Pat avait toutes les chances de le faire), leur relation se construit et se poursuit sur la passion qu’ils ont en commun : le sport.

Et d’ailleurs, symboliquement, ce n’est pas le mariage qui scelle leur union à la fin du film, mais une sorte de contrat, passé sur le terrain de golf, où elle lui fait répondre aux trois fameuses questions (« the three big questions ») que lui, en tant que coach, posait rituellement à ses sportifs, dont Hucko. Cette fois là, c’est elle qui les lui pose, et c’est lui qui se plie à l’exercice, en donnant les réponses qu’il faut donner, à l’exception de la dernière...

  I’m gonna ask you the three big questions, Mike. (Je vais te poser les trois grandes questions, Mike)
  Go ahead.
(Vas-y)
 Who made you ? (Qui t’a lancé ?)
 You did. (Toi)

Et le plan suivant montre Pat, sur le cours de golf, faire un tir formidable.

 Who owns the biggest piece of you ? (A qui tu appartiens ?)
 You do. (A toi)

Et alors qu’elle repère Collier parmi les spectateurs, un temps déstabilisée, elle se reprend. Mike lui lance un coup d’œil complice. Ayant trouvé sa force, son identité et un autre amour, ayant cessé d’être une « femme » [3], elle n’est plus vulnérable face aux injonctions, à la normalisation et à l’intimidation masculine. Et elle fait encore un coup magnifique. Suivent ces dernières répliques, aux connotations amoureuses autant que sexuelles :

 What would happen if I ever dropped you ? (Qu’est-ce qui se passe si je te laisse tomber ?)
 I’d go right down the drain.
(J’irai dans le ruisseau)
  And ? (Et...)
 Take you right down with me ! (Je t’y emmène avec moi !)

Par Sylvie Tissot, 10 novembre (collectif les mots sont importants)

October 31

L’intégrationnisme, autre nom du racisme

L’intégrationnisme, autre nom du racisme

Le mot d’ordre d’intégration impose également à ses destinataires une obligation de réserve, de discrétion, voire d’invisibilité. Eric Savarèse a montré comment le regard colonial tendait à invisibiliser le colonisé, ou à en faire le simple miroir dans lequel « la France » contemple son propre génie « civilisateur », et Abdelmalek Sayad a montré que cette invisibilisation était reproduite à l’endroit de l’immigration :

« Parce que le rapport de forces est incontestablement en faveur de la société d’immigration - ce qui l’autorise à renverser du tout au tout la relation qui l’unit aux immigrés, au point de placer ces derniers en position d’obligés là où ils devraient au contraire obliger - celle-ci n’a que trop tendance à porter à son bénéfice ce qui, pourtant, est l’œuvre des immigrés eux-mêmes : aussi est-ce fréquemment qu’on présente au moins les aspects les plus positifs (ou considérés comme tels) de l’expérience des immigrés, c’est-à-dire en gros, l’ensemble des acquisitions qu’ils ont su imposer au grès de leur immigration (...) comme le résultat d’un travail diffus ou systématique d’inculcation, d’éducation (...) travail qui consiste à produire ce qu’on appelle les « évolués » (et du même coup, à discriminer ces immigrés « évoluables », « éducables », ou « amendables » des immigrés qui ne le sont pas ou ne veulent pas l’être) et dont le mérite revient bien sûr à la société d’accueil et à elle seule ».

Il en va de même aujourd’hui pour les jeunes Français issus de la colonisation : eux aussi sont invisibilisés. Eux aussi sont sommés de ne pas être « ostentatoires ». Eux aussi sont les objets d’une injonction à la politesse et la discrétion alors même qu’ils font quotidiennement l’expérience du mépris et de l’injustice sociale. Et toute stratégie de visibilisation de leur part est ressentie comme une menace, un « refus d’intégration » ou un « rejet de la République ».

Au risque de choquer, on peut finalement dire que l’intégration, telle qu’elle est généralement pensée, parlée et traduite en termes de politiques publiques, est moins souvent une alternative à la discrimination raciste qu’une formulation sublimée ou un instrument de légitimation de cette discrimination : si le racisme est le refus de l’égalité, l’intégration est précisément le mot d’ordre qui permet d’évacuer la question égalitaire. En effet, si être « intégré », être « inclus », avoir « sa place » vaut mieux que d’être purement et simplement exclu, ces termes ne disent pas de quelle place il s’agit. Un serviteur a « sa place », il est inclus et intégré - il n’en demeure pas moins subordonné, méprisé et exploité. Et de fait, dans de très nombreux contextes, parler de « problèmes d’intégration » sert essentiellement à ne pas prononcer d’autres mots, comme domination, discrimination ou inégalité. Le parallèle est à cet égard saisissant entre l’usage du terme même d’« intégration » dans le système colonial et dans le système post-colonial : dans les deux cas, au-delà des nombreuses différences de contexte, c’est la même opération qui est réalisée, à savoir le refoulement des revendications de liberté et d’égalité. Le mot « intégration » n’est en effet jamais autant utilisé par l’État français que lorsque les colonisés réclament l’égalité des droits, l’autodétermination ou l’indépendance - ou, plusieurs décennies plus tard, à partir de 1983, lorsque leurs descendants « marchent pour l’Égalité ».

Extrait du livre collectif Culture Post-coloniale

October 24

azoul fela wen...

La Kabylie...

 

LA KABYLIE

DELIMITATION GEOGRAPHIQUE

L’espace que recouvre la Kabylie n'est fixé ni sur le plan géographique, ni sur le plan linguistique, ni sur le plan culturel. Pour certains, elle est cette aire berbérophone où se parle le Kabyle (dont la langue mère est le berbère) ; pour d'autres, elle va de la limite orientale de la Mitidja jusqu'au massif de Collo.Scindée en deux (Petite et Grande Kabylie) à l'époque coloniale, la Kabylie dépendait principalement du département de Tizi-Ouzou mais aussi des départements avoisinants (Alger, Constantine, Bône ... )En 1974, une nouvelle organisation territoriale la découpe en trois wilayas (départements) : Bejaïa, Bouira et Tizi-Ouzou, trio auquel s'ajoutera en 1984 une autre wilaya, celle de Boumerdès dont dépendront désormais certaines régions rattachées auparavant à la wilaya d'Alger.Par delà ces frontières administratives, le pays kabyle s'étend aux régions de Sétif (Ait Yeâla, Mansoura, Guenzet) et de Jijel. Berbérophones, les Sétifiens sont de plus en plus perméables à l'arabisation et les Jijeliens, bien qu'arabophones, se désignent qbayel hadra, "Kabyles citadins".En bref, pour parler de la Kabylie, je ne retiendrai que les critères géographiques suivants : le Djurdjura et les Babors.La Kabylie du Djurdjura est délimitée au Nord par la Méditerranée, à l'Est et au sud par la vallée de la Soummam, à l'ouest par Oued Isser. Elle est constituée d'une haute chaîne montagneuse, le plus souvent enneigée. Le massif calcaire du Djurdjura, telle une barrière contrôlant la vallée de la Soummam au sud, descend vers la Méditerranée par des sursauts montagneux. Son point culminant est de 2308 mètres.La Kabylie des Babors, elle, désigne une région littorale que limitent à l'ouest la vallée de la Soummam, à l'est celle de l'Oued el-Kebir. Elle s'étend sur les wilayas de Bejaïa et de Jijel. Le massif des Babors atteint 2004 mètres, il est constitué d'assises jurassiques de calcaires liasiques qui prennent des formes variées. Dans cette région, la montagne tombe souvent à pic dans la mer et forme une côte très découpée appelée Corniche kabyle ou jijelienne, où l'on admire caps, falaises, presqu'îles et promontoires. On y trouve aussi de très belles grottes et des gouffres encore inexplorés. Au sud-ouest des Babors s'étend la chaîne des Bibans "Portes de fer".


  ORIGINE DU MOT "KABYLIE"

Le mot "kabyle" vient de l'arabe qabila (pl. qabail), "tribus". C'est le terme que les Européens ont utilisé au XVIIIe siècle pour désigner ces farouches montagnards qui portaient des noms différents en fonction des tribus auxquelles ils appartenaient.Les arabophones, quant à eux, utilisaient le mot Zwawa, déformation de Agawa dont le pluriel Igawawen était le nom d'une très puissante et ancienne confédération composée de huit tribus organisées en deux confédérations : At Betrun (At Yanni, At Budrar, At Bu Akkach, At Wasio) et At Mengellat (At Mengellat, At Bu Yusef, At Weqbil, At Attou).Il semblerait que, dans l'Antiquité, les Igawawen aient porté le nom de Quinquegentiani, appellation administrative désignant cinq tribus (quinque gentes).Une vieille légende rapporte en effet que ces montagnards descendent d'un géant qui eut cinq fils, lesquels formèrent les cinq tribus antiques (Boulifa, 1925), les fameux Quinquegentiani qui donnèrent tant de mal aux Romains.Déformation d'Agawa donc, Zwawa a donné en français le mot zouave car les premiers fantassins étaient originaires de cette confédération.Les Français n'ont fait que perpétuer une tradition déjà existante.
En effet, les Igawawen étaient déjà fort appréciés par les Beys et les Deys d'Alger et de Tunis.


ORGANISATION SOCIALE

Les Kabyles désignent leur territoire par l'ancien terme berbère thamourth (la terre, la terre natale, la patrie, le pays).Leurs habitations, construites en dur, couvertes d'un toit de tuiles et généralement sans étage, sont groupées en villages qui tournent le dos à l'extérieur et ouvrent sur des sentiers étroits.La société kabyle s'organise en cercles concentriques de fidélité. Son noyau est la famille étendue akham, qui est la plus petite cellule sociale. Elle ne se réduit pas seulement au groupe des époux et de leurs descendants directs, mais rassemble tous les agnats (parents descendant de la même souche masculine), de sorte que plusieurs générations sont réunies sous l'autorité d'un seul chef. L'unité d'habitat (les maisons des descendants d'un même ancêtre sont regroupées autour d'une cour commune) renforce la cohésion du groupe.Les familles regroupées forment le thakharrubth, dont les membres possèdent un ancêtre commun, qui remonte à la quatrième ou à la cinquième génération.L'adhrum est un groupe plus large encore, qui est formé d'un nombre variable de thakharrubth. Plusieurs idharman (pluriel d'adhrum) forment le village thaddarth avec sa djemaa (assemblée des citoyens en âge de porter les armes) et son lamin, agent d'exécution des décisions. Les villages se rassemblent ensuite en tribu : l'aârsh.Toutefois, des transformations d'ordre historique, politique et socio-économique exercent des forces centripètes sur les cercles les plus extérieurs de cette structure.Aujourd'hui, le village kabyle traditionnel n'existe plus. Après l'indépendance de l'Algérie, l'organisation des communes mit définitivement fin aux assemblées villageoises (dont le rôle avait déjà été réduit lors de la colonisation française), alors que le pouvoir issu du FLN s'employait à imposer l'usage de l'arabe au détriment du kabyle.La littérature kabyle est surtout orale. La poésie et le conte en sont les genres dominants. La poésie traite, au premier chef, de la guerre et de l'amour à travers des formes spécifiques, le thaqsit (poème épique), l'asfrou (poème lyrique) et l'izli (récit gaillard chanté). Quant aux contes, habités d'un bestiaire fantastique, ils exploitent surtout le registre du merveilleux.Dans chaque village formant en soi une petite "république", la djemâa était l'institution politique qui régissait la vie communale.
Composée de tous les hommes ayant atteint la majorité - n'y prenaient la parole que les notables, les vieillards et les chefs de famille - l'assemblée nommait l'amin [chef] du village, mandataire toujours révocable, qui gérait l'administration.
La démocratie n'y était que de principe car deux ou trois familles, un çoff', emportaient toujours la décision.Conseil municipal,cour de justice et cour souveraine, la djemâa se référait, en cas de litige ou de problème, à des textes de lois, les "qanouns kabyles" qui définissent le moindre manquement et sa sanction.Société à filiation patrilinéaire, la Kabylie était régie par le code de l'honneur qui protège "la maison, les femmes, les fusils".
Ces derniers, représentent en fait le groupe des agnats, les cousins dont la mort doit être vengée par le sang.
Vivre en Kabylie donc, c'est vivre sous l'autorité du groupe où l'esprit de solidarité est fort développé. On peut donner l'exemple de la tiwizi, corvée collective qui consiste à aider un villageois à ramasser dans la journée ses olives ou à bâtir sa maison.

Population et densité en Kabylie.  
(Revue statistique, n° 35, Source RGPH 1987, ONS, Alger),

Wilaya

Total

Superficie (km²)

Densité au km'

Bejaïa *

916.742

3261

272,2

Bouira

526.900

4439

118,7

Tizi-Ouzou

936.948

3568

262,6

Boumerdès

65.097

1591

409,2

* Statistiques 1999


  MODE DE CONSOMMATION

Le mode de consommation est de type continental (céréales et fruits).

En dépit d'une importante façade méditerranéenne, on consomme très peu de poissons, ce qui explique la quasi-absence d'activités maritimes.

La culture arbustive est très développée, malgré des sols ingrats, favorisée par l'abondance de la pluie. Aucun pouce de terre n'est perdu. Les collines et les crêtes sont recouvertes de frênes, de caroubiers et de chênes à gland doux.
Mais deux arbres sont particulièrement prisés : l'olivier et le figuier. Huile et figues sèches ont de tout temps constitué des articles de base de l'alimentation quotidienne.

  UN PEU D'HISTOIRE

Habitée depuis la plus haute Antiquité, la Kabylie recèle des vestiges de toutes les civilisations préhistoriques et protohistoriques. La population, dense, semble s'être installée dans les régions de grès à limons rouges. Tandis que les habitants actuels sont installés dans des régions autrefois inoccupées.

Dans l'antiquité :
Appelée par les Romains "Mons Ferratus" "La montagne dure comme le fer", la Kabylie vit quatre colonies romaines s'installer sur les ports de la côte : Igilgili (Djidjel), Saldae (Vgayeth, ex-Bougie), Ruzazus (Azeffoun), et dans la vallée de la Soummam Tubusuptu (Tiklat) à une trentaine de kilomètres de Vgayeth.L'occupation romaine (146 av. J.-C.439 apr. J.-C.) s'est néanmoins vue opposer une résistance farouche cristallisée autour de deux figures historiques : Tacfarinas et Firmus

.
"Iomnium" actuellement Tigzirt

Le premier, de l'an 17 à 24 apr. J.-C., à la tête de tribus dépossédées de leurs terres, a malmené les légionnaires d'Afrique.Le second faillit de 372 à 375 aboutir à l'expulsion des Romains des Maurétanies. Défenseur du peuple berbère, Firmus était un héros de l'idée de l'indépendance. Il réalisa même autour de lui une certaine unité au-delà de la Kabylie.

 

Au Moyen âge :
Parmi les cités qui ont marqué l'histoire nord-africaine, figure Vgayeth (Béjaïa) connue dès l'Antiquité sous le nom de Saldae.Sous les Hammadites, au Moyen Age, elle fut une capitale prospère qui rivalisa avec Tunis et fut rebaptisée En-Nassiria.C'est de cette région que partit la tribu des Kotama, sous l'emblème fatimide (doctrine chiite), pour renverser la dynastie aghlabide de Kairouan et dominer ensuite tout le Maghreb avant de s'emparer de l'Egypte et d'y fonder Le Caire en 969.

 Durant la période Ottomane :
On ne peut évoquer l'histoire de la Kabylie sans citer le "Royaume de Koukou", un village qui, au XVI et XVIle siècles fut une sorte de "capitale" de la Kabylie.Le fondateur, Si Ahmed Belqadi, s'allia aux corsaires Aroudj et Kheir-Eddine Barberousse pour repousser les espagnols de la côte mais ensuite ne parvint pas à soustraire l'Algérie à la mainmise des Barberousse.

 Au 19 ème siècle :
La prise de la Kabylie par les Français en 1857 eut des conséquences désastreuses sur le plan économique, et provoqua une déstabilisation de l'organisation socio-politique, d'où les diverses insurrections fortement réprimées en 1864 et en 1865.La plus rude fut celle de 1871, menée par El-Mokrani, Fadhma n'Soumeur , Kheich Ahadath, Bou Beghla.
La seule opération du séquestre fit perdre à cette région 2 639 000 hectares (Abbas cité par Ouerdane, 1988) et 36 millions de francs en imposition de guerre (Ageron, 1964).

 

L'émigration vers l'Europe:
Après ces événements, débuta l'exil à l'échelle interne et externe.
À titre d'exemple, la grande majorité des 5000 travailleurs algériens émigrés en France en 1912 étaient kabyles (Julien, 1952).Écrasée par la misère, la Kabylie fut un foyer du nationalisme.

Ainsi, c'est au sein des 100 000 travailleurs algériens principalement kabyles qu'est né le "Congrès des ouvriers nord-africains" (idem) qui s'est ensuite transformé en"I'Étoile Nord-Africaine".
Selon M. Kaddache (cité par Ouerdane), cinq des huit fondateurs de ce mouvement sont kabyles.La Kabylie demeure un bastion permanent de la résistance. Elle joua un rôle notoire pendant la guerre, puis après l'indépendance avec son opposition au pouvoir central.Les diverses répressions (notamment d'ordre linguistique et identitaire) qu'elle eut à subir donnèrent naissance au " printemps berbère " de 1980-1981.
Et, depuis octobre 1988, les revendications culturelles et démocratiques se sont intensifiées.

FAITS DE CIVILISATION

Les différentes expressions de la culture kabyle véhiculées par le berbère - seule langue ancienne encore vivante dans le bassin méditerranéen s'inscrivent dans une civilisation millénaire. L’art reproduit ainsi des formes et des techniques qui remonteraient à l'Âge de Bronze. hexagramme et la croix boulée gravés sur les coffres kabyles (Gast, 1993) témoignent de la permanence de l'art berbère dont l'existence est vieille de plus de deux mille ans.L'artisanat :
La bijouterie appartient à la grande famille des orfèvreries cloisonnées ou filigranées émaillées.Avec la sculpture sur bois en champlevé, elle est une activité masculine, à l'inverse du reste de l'artisanat.En effet, exclusivement exécutées par les femmes, la poterie, le tissage (de haute lisse) et les peintures murales présentent des motifs réalisés en fonction des techniques requises par chaque activité. Leur signification, autrefois ésotérique, a fini par disparaître, sous l'effet d'une géométrisation avancée.La culture :
Autant que l'expression artistique, la "littérature " kabyle, portée par l'oralité, est variée et possède un répertoire de formes narratives très riche comme les contes, les historiettes, les récits fondateurs, les mythes et les fables.Parmi les formes courtes, on distingue essentiellement le dicton, l'apophtegme, le proverbe et la devinette, souvent sollicités dans le cadre du discours soutenu ou quotidien (Aït Ferroukh, 1995).La poésie recèle différents genres scandés et/ou chantés. La danse, autant que le chant, y est diversifiée, ludique, rituelle et sacrée (Ait Ferroukh, 1993, 1994).En somme, la culture kabyle orale est fondée sur la tamusni, une sorte de connaissance pratique, manuelle et intellectuelle, combinaison entre la compétence (sagesse populaire, mémoire collective, pensée philosophique) et la performance (savoir-dire et savoir-faire).
Capital accumulé par le groupe dans une tradition vivante, la tamusni, véhiculée dans une forme esthétique, confère à ses détenteurs une certaine fonction sociale et/ou politique.

La religiosité :
Le savoir local est aussi fondé sur les croyances et le système mythicorituel.En effet, la Kabylie, tout comme l'ensemble de la Berbérie, baigne dans une profonde religiosité.
Le monde des humains n'y est pas dissocié du monde invisible dont le kabyle vénère les forces bénéfiques (puissances tutélaires ... ) et redoute les forces maléfiques (djinns et autres génies).Le sacré incarné par un accident topographique, une grotte, un arbre, occupe une place aussi importante que les éléments de théologie islamique (Aït Ferroukh, 1997).

 

source: lakabylie.free.fr 

September 29

vite fait pour rire...

 

 

« je n'ai pas la lumière infuse…»

« une bouchée d’air frais… »

« la poule aux yeux d'or… »

« il faut remettre les pendules à leurs (l'heure) places… »

 

 

Pour ce qui me connaissent, non ce n'est pas un de mes certains collègues!!!!non...merci à steevy et à notre johnny national!!! oui, je sais c'est facile...mais c'est drôle!

September 21

Avec le temps...

Par Monsieur Léo Ferré

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Avec le temps...
avec le temps, va, tout s’en va
on oublie le visage et l’on oublie la voix
le cœur, quand ça bat plus, c’est pas la peine d’aller
chercher plus loin, faut laisser faire et c’est très bien

avec le temps...
avec le temps, va, tout s’en va
l’autre qu’on adorait, qu’on cherchait sous la pluie
l’autre qu’on devinait au détour d’un regard
entre les mots, entre les lignes et sous le fard
d’un serment maquillé qui s’en va faire sa nuit
avec le temps tout s’évanouit

avec le temps...
avec le temps, va, tout s’en va
mêm’ les plus chouett’s souv’nirs ça t’as un’ de ces gueules
à la gal’rie j’farfouille dans les rayons d’la mort
le samedi soir quand la tendresse s’en va tout’ seule

avec le temps...
avec le temps, va, tout s’en va
l’autre à qui l’on croyait pour un rhume, pour un rien
l’autre à qui l’on donnait du vent et des bijoux
pour qui l’on eût vendu son âme pour quelques sous
devant quoi l’on s’traînait comme traînent les chiens
avec le temps, va, tout va bien

avec le temps...
avec le temps, va, tout s’en va
on oublie les passions et l’on oublie les voix
qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid

avec le temps...
avec le temps, va, tout s’en va
et l’on se sent blanchi comme un cheval fourbu
et l’on se sent glacé dans un lit de hasard
et l’on se sent tout seul peut-être mais peinard
et l’on se sent floué par les années perdues- alors vraiment
avec le temps on n’aime plus

July 21

!

 Enfin les vacances...2 petites choses sur lesquelles vous pouvez méditer entre une glace et une baignade...
  
"Il n'existe que deux choses infinies, l'univers et la bêtise humaine... mais pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue."

Albert Einstein

 

Et comme on dit en Afrique:
"Quand le poisson pleure, c'est à cause de l'eau qu'on ne voit pas ses larmes."
Bonnes vacances tout de même...
July 17

Zinedine Zidane

Zidane, les tartuffes et les fripouilles

Vous ne le savez peut-être pas, mais la France a bien été sacrée championne du monde dimanche 9 juillet après avoir battu l’Italie par trois buts à un. Deux buts de Zidane (penalty puis de la tête sur un centre de Sagnol) et un but de Frank-Bilal Ribéry. Non, ce n’est pas un canular. Je ne délire pas, j’y crois. Cela s’est bien passé, mais, malheureusement dans un monde parallèle au nôtre. Oui, la France a bien accroché une seconde étoile à son maillot, mais seuls nos doubles virtuels ont célébré cette victoire. Et voici ce que Zidane a déclaré à la conférence d’après-match : « Je dis deux fois merci à Materazzi. La première pour le penalty qu’il a provoqué contre Malouda et la seconde pour m’avoir manqué de respect pendant les prolongations et m’avoir aidé à trouver la rage nécessaire pour marquer mon second but. En ce moment, ce vilain doit pleurer dans les vestiaires et moi je suis champion du monde ».Science-fiction ? Pas si sûr... Mais revenons sur terre et restons dans notre réalité, pauvres zizou-maniaques que nous sommes, stupéfaits par un coup de tête qui demeurera dans l’Histoire. Ignorons le chemin des tartuffes moralisateurs et des donneurs de leçons qui ont accablé le numéro 10 magique, avant de tempérer leur discours accusateur dès le lendemain après avoir pris la mesure du pouls populaire. Demandons-nous plutôt pourquoi ce scénario de la victoire française, qui semblait être gravé dans le marbre, ne s’est pas réalisé. Chacun a son explication et la mienne vaut ce qu’elle vaut. A un moment du match, bien avant les prolongations et alors que la victoire de la France était inscrite, quelque chose s’est certainement déréglé et nous avons basculé dans une autre réalité virtuelle, un phénomène comparable à celui que décrit le film Matrix. Ce dérèglement dont je parle fait écho à l’appel mystique entendu par Zinedine Zidane, que j’ai déjà évoqué dans une chronique de l’été dernier (1). Le malheur, c’est que des hommes et des femmes, des journalistes, des publicitaires, des « chargées de com », des politiques n’attendaient que cette dernière victoire pour le consacrer, faire de lui un dieu vivant et oeuvrer à propager les rites de sa dévotion. Volontairement ou non, par son geste, ZZ a réintégré les rangs de l’humanité. Il nous a évité l’avalanche de superlatifs et d’incantations outrancières, pour ne pas dire blasphématoires. Zidane n’est ni dieu ni prophète. Homme il est, homme il restera et c’est tant mieux pour lui. Le coup de tête infligé à Materazzi n’enlèvera rien à ce que ce joueur d’exception a réalisé. Peut-être même lui évitera-t-il de subir le châtiment réservé à ceux qui tutoient de trop près les cieux ou qui s’approchent dangereusement du soleil. En fait, c’est en marquant son penalty de manière aussi incroyable que Zidane a scellé son destin. A moins d’être surnaturel, il ne pouvait réaliser un autre exploit dans le même match sans engendrer une nouvelle religion véhiculée autant par des laudateurs que par des vendeurs de lessive. Et c’est ce que le ghayb, l’Inaccessible, lui a signifié : il n’est rien d’autre qu’un homme. Au lendemain de la défaite, en parcourant les journaux du matin, j’ai réalisé une nouvelle fois combien la presse française pouvait être décalée par rapport au sentiment général. Dans L’Equipe, j’ai ainsi lu un papier écoeurant de démagogie, où un éditorialiste de la vingt-cinquième heure, jouant à l’ingénu indigné, se demandait « que confier à nos enfants, à tous ceux pour qui vous (Zidane) étiez redevenu l’exemple vivant, pour toujours ? ». Et d’ajouter, avec le fiel dont sait être capable ce quotidien grand spécialiste des retournements de veste (comme ce fut le cas lors de la Coupe du monde 1998) : « Je suis certain que vous avez pensé qu’il va falloir aussi expliquer ce coup de tête à vos quatre garçons pour qui vous êtes tant ». Beuark ! La belle puanteur de guimauve rance. Que dire aux enfants ? Et bien la vérité, espèce de brel de salon ! Qu’ils vivent dans un monde qui n’est pas celui de Oui-oui ou de Barbie. Que rien n’est lisse, que le football c’est comme la vie, il y a des hauts et des bas. Que des enfants meurent sous les bombardements, que d’autres n’ont rien à manger et que l’homme est tout sauf parfait. Leur dire que le football, aussi passionnant soit-il, est truffé de sales histoires, de violence et de dopage (il n’y a pas que le cyclisme !), de trafics de jeunes joueurs africains. Leur dire que la vie, la réalité, ce n’est pas le monde aseptisé que nous vendent les télévisions et leurs annonceurs. Leur dire enfin ce que des mots comme honneur, fierté et même virilité peuvent signifier et pourquoi il faut parfois s’en méfier. Et ce qu’il y a de rageant dans la victoire de l’équipe italienne, c’est qu’elle profite à quelques fripouilles qui sont la vraie honte du football mondial. Prenez Materazzi, autrement dit « le matelas » : voilà le parfait exemple du destructeur qui ne recule devant aucun moyen pour casser de l’attaquant, comme lorsqu’il a explosé le visage de l’Argentin Sorin il y a quelque temps. Bref, une brute épaisse aux bras surchargés de tatouages aux lettres gothiques, dont les méfaits dans les surfaces de réparation sont rarement sanctionnés. Mais il y a pire. Elu meilleur gardien du mondial, Buffon - impliqué dans le scandale des matches truqués du championnat italien - n’est rien d’autre qu’un sympathisant néofasciste. Une preuve ? L’un de ses T-shirts, exhibé en public, portait l’inscription suivante : « criminel celui qui lâche prise », un slogan usé jusqu’à la corde en leur temps par les fascistes de Mussolini. Plus grave encore, dans un autre T-shirt, c’est le chiffre 88 qui était imprimé, c’est-à-dire HH, le signe de ralliement des néonazis, puisqu’il s’agit des initiales de « Heil Hitler ». Materazzi, Buffon..., dans l’équipe qui a gagné la Coupe du monde de football, ils sont quelques-uns à représenter dignement cette Italie qui fait honte, cette Italie qui triche, qui, tous les dimanches, insulte les joueurs noirs et fait revivre le salut fasciste à chaque but marqué. L’Italie de Fallaci et de Calderoli, l’ancien ministre de Berlusconi, qui a estimé que la Nazionale a battu une équipe composée de noirs, d’islamistes et de... communistes. Au lendemain du match, certains ont soupiré « pauvre Zizou ». Ils ont eu tort, c’est « pauvre Italie » qu’il faut dire.

1) Ouf ! Z-Z Est De Retour, Le 11 Août 2005.

Le Quotidien d’Oran, jeudi 13 juillet 2006

Akram Belkaïd

Journaliste à la rubrique internationale du quotidien la Tribune.
July 06

Trouble du comportement...

Trouble du comportement, par Maurice Rajsfus,


 


Ces derniers mois, Nicolas Sarkozy s’est lourdement inquiété du comportement mental des enfants, dès l’age de trois ans, Grave problème, s’il en est. Qu’il nous soit permis de faire un utile retour sur le passé.

S’il était possible de consulter le carnet de santé du petit Nicolas, et de noter la fréquence de ses crises de nerfs, cela ne manquerait pas d’intérêt. De la même façon, il serait curieux de savoir comment il trépignait avec ses pieds lorsque ses parents refusaient de céder à ses caprices. A l’âge de vingt ans, jeune affilié au parti gaulliste, secouant son abondante chevelure, il tapait déjà du poing sur la table pour affirmer son ambition naissante, et sa volonté de faire sa place dans la jungle politique.

Celui qui s’est risqué à traiter les jeunes des cités de “racailles”, tout en évoquant ces quartiers qu’il fallait passer au “Karcher”, régurgite sans doute ses rages d’enfant gâté. L’ennui, c’est qu’au lieu de terroriser ses proches, comme jadis, l’actuel ministre de 1 ? intérieur déchaîne ses colères contre des pans entiers d’une population qu’il ne cesse de fragiliser.

Si l’on s’était intéressé plus tôt à la nature des colères froides du petit Sarkozy -vers 1957- peut-être ne serait-il pas devenu le vibrion incontrôlable que l’on connaît, en 2006. Si l’on avait alors calmé ses cauchemars de bambin avec quelques cuillers de Phénergan, ce fils d’immigré hongrois, devenu Français à l’excès, n’éructerait peut-être pas constamment sa haine contre ceux qui n’ont pas eu le loisir de s’intégrer, comme lui, au point d’ambitionner la magistrature suprême.

 

Maurice Rajsfus

 

sources: lmsi.net

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